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Je suis autiste

  • Photo du rédacteur: Auréline Bertail
    Auréline Bertail
  • 12 juil. 2025
  • 3 min de lecture


Un diagnostic tardif qui vient tout bouleverser et tout éclairer aussi.


Je viens tout juste d’être diagnostiquée autiste. Il y a quelques jours à peine. Et j’ai encore du mal à réaliser que ces mots, désormais, me concernent. C’est récent. Brut. Inattendu et pourtant… tellement évident.


Ce n’est pas un choc violent, mais plutôt un grand mouvement intérieur. Comme si des pièces de puzzle, longtemps éparpillées, se mettaient enfin en place. Je ne sais pas encore exactement ce que je ressens. Un mélange de soulagement, de confusion, et de mille et une émotions et questions.


Ce que je sais, c’est que j’avais besoin d’en parler. Pour poser, pour comprendre, pour cheminer. Pour me rapprocher un peu plus de moi-même.


Le sentiment d’être "à côté" : une sensation qui m’accompagne depuis toujours


Depuis l’enfance, j’ai souvent eu cette impression de ne pas fonctionner comme les autres. Trop sensible. Trop dans ma tête. Trop fatigable. Pas assez sociable et paradoxalement trop bavarde. Incapable de gérer plusieurs choses à la fois. En décalage dans les relations, dans les émotions, dans les conversations.


Mais j’ai appris à compenser. À m’adapter. À me fondre. À faire semblant d’être comme il faut. Et à force de jouer ce rôle, je me suis perdue. J’ai cru que j’étais simplement "compliquée", "fragile", "paresseuse", ou "pas faite pour ce monde". En réalité, j’étais juste différente. Et personne ne l’avait vu. Pas même moi.


Le déclic : quand j’ai commencé à m’interroger


Ce sont des témoignages, des contenus, des mots lancés sur Internet qui m’ont touchée en plein cœur. Des femmes, des mères, qui parlaient de leur diagnostic d’autisme à l’âge adulte. Et je me suis reconnue. Dans leurs fatigues, dans leurs silences, dans leurs luttes intérieures. J’ai lu, écouté, creusé, douté.

Je me suis dit : et si c’était moi aussi ? Et tout a pris une nouvelle tournure. Je n’ai plus pu faire marche arrière.


La démarche du diagnostic : entre crainte et espoir


J’ai eu peur. De ne pas être "assez autiste". D’être jugée. De me tromper ou que les professionnels se trompent. J’ai aussi eu peur qu’un diagnostic change le regard que les autres portent sur moi. Ou que ça vienne remettre en question mes choix, mon histoire, mon rôle de mère. J'ai eu peur aussi qu'on me juge incapable de m'occuper de mes enfants correctement.


Mais j’ai avancé malgré la peur. Parce que j’avais besoin de comprendre. Et lorsque le diagnostic est tombé, ça a été comme un soulagement immense suivi d’un vertige. Je suis autiste. C’est réel. Officiel. Et maintenant ?


Ce que ça change… et ce que ça ne change pas (encore)


En quelques jours, beaucoup de choses ont bougé à l’intérieur. J’ai commencé à relire toute ma vie avec un regard neuf. À revoir mon enfance, mes amitiés, mes effondrements, mes choix, mes forces et mes fuites.


Je comprends mieux pourquoi certaines choses m’épuisent. Pourquoi j’ai besoin de solitude. Pourquoi je ne comprenais jamais quand ma cousine essayait de me parler avec des gestes pour être discrète. Pourquoi les bruits, les imprévus, les interactions sociales me vident autant. Pourquoi certaines routines sont vitales et pourquoi j'ai tant besoin de liberté à la fois. Mais comprendre ne veut pas dire que tout est simple.


Pour l’instant, je suis encore dans le flou. J’essaie d’accueillir cette nouvelle réalité, doucement. J’essaie de ne pas me précipiter vers des réponses, mais plutôt d’apprendre à m’écouter, enfin.


Réapprendre à vivre à mon rythme


Ce diagnostic m’invite à tout réajuster. Pas d’un coup, mais par petites touches. À me poser la question : qu’est-ce qui me fait du bien, à moi ? Qu’est-ce que j’ai toujours fait "par devoir", mais qui me coûte en réalité beaucoup trop ? À quoi puis-je enfin renoncer sans culpabilité ?


Je ne sais pas encore à quoi ressemblera mon quotidien dans quelques semaines ou quelques mois. Mais je sais que je veux avancer vers plus de douceur, plus de vérité, plus d’espace pour respirer. Et c'est d'ailleurs le chemin que j'ai commencer à prendre avant même ce diagnostique afin de vivre sereinement.


Pourquoi je choisis d’en parler, même si c’est tout récent


Parce que je sais que je ne suis pas seule. Parce que d’autres femmes, d’autres mères, peut-être toi qui lis ces mots, se sentent en décalage, perdues, épuisées… sans savoir pourquoi. Parce que l’autisme chez les femmes est encore si mal compris, si souvent masqué, qu’on passe parfois toute une vie à se croire fautive, au lieu de se savoir simplement différente.


Je ne suis pas experte. Je ne détiens aucune vérité. Je suis juste une femme qui commence un nouveau chapitre. Et j’espère que mes mots pourront être un miroir, une passerelle, une étincelle qui aideront certaines à faire ce pas si c'est ce dont elles ont besoin.


Je suis encore en chemin. Mais je ne suis plus dans le brouillard. Et c’est déjà beaucoup. 



 
 
 

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là aussi sera ton coeur"

Matthieu 6 : 21

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