La nature, un besoin vital pour nos enfants
- Auréline Bertail
- 28 août 2025
- 5 min de lecture

Il y a un peu plus de deux ans, alors que j’attendais mon deuxième fils, j’ai lu un livre qui a bouleversé ma manière de voir l’enfance et la maternité.
J’étais en fin de grossesse, fatiguée et parfois dépassée par le quotidien avec un enfant en bas âge et un bébé qui s’annonçait. Mais en tournant les pages, j’ai ressenti comme une révélation : les enfants ont un besoin profond de nature, pas seulement pour s’amuser, mais pour grandir pleinement, se construire et s’apaiser.
Jusque-là, je considérais les sorties comme un petit “plus”, une activité agréable quand on en avait le temps. Mais ce livre m’a fait comprendre que la nature n’est pas une option : elle est essentielle, au même titre que le sommeil ou l’alimentation. Elle est un besoin vital.
À partir de ce jour-là, j’ai pris une décision simple, mais qui a transformé notre vie familiale : emmener mes enfants dehors presque chaque jour. Qu’il fasse beau, que le vent souffle ou que la pluie tombe, nous avons appris à sortir, à vivre au rythme des saisons, à respirer l’air libre comme une habitude quotidienne.
Et deux ans plus tard, je peux dire que cette décision a changé beaucoup de choses, non seulement pour moi, mais surtout pour mes enfants. Ce qui m’a le plus frappée, c’est la différence entre Marceau, mon aîné, qui a découvert la nature un peu plus tard, et Octave, mon second, qui a grandi dedans depuis sa naissance.
Marceau : l’enfant qui a trouvé la paix dans la nature
Marceau avait déjà deux ans lorsque nous avons commencé à sortir tous les jours. Jusqu’alors, il avait eu une enfance “normale”, avec des jeux à la maison, quelques promenades, mais rien de régulier ni de systématique. Comme beaucoup d’enfants de son âge, il pouvait être assez nerveux, sujet à des colères, facilement frustré. Je voyais bien qu’il avait besoin de se dépenser, mais je ne réalisais pas encore à quel point le manque de nature jouait sur son équilibre émotionnel.
Quand nous avons instauré ce nouveau rythme, j’ai vu peu à peu son comportement se transformer. Les premiers jours, il courait partout, comme pour rattraper un manque accumulé. Puis, progressivement, il a trouvé un équilibre. Ses colères ont diminué, ses tensions se sont apaisées, et j’ai découvert un enfant plus calme, plus concentré, mais aussi plus joyeux. Je me souviens encore de ce regard émerveillé qu’il avait en observant un escargot ou en ramassant des feuilles colorées à l’automne : des instants simples, mais qui semblaient l’ancrer dans le présent et l’apaiser profondément.
La nature a été pour lui une sorte de thérapie douce, gratuite et infiniment riche. Elle a canalisé son énergie, ouvert sa curiosité et redonné de la légèreté à nos journées. Je mesure à quel point son équilibre émotionnel a changé, simplement parce qu’il a eu l’occasion de courir, grimper, toucher, observer… tout ce que la nature offre généreusement.
Octave : l’enfant qui a grandi dehors dès les premiers jours
Octave, lui, a eu une expérience toute différente. Depuis ses trois semaines de vie, il est sorti quasiment chaque jour. Ses premiers souvenirs sensoriels ne sont pas seulement les murs d’une maison, mais la lumière qui filtre à travers les arbres, le vent qui caresse son visage, les chants d’oiseaux au petit matin. Il a grandi bercé par la nature, et cela a façonné son développement d’une manière radicalement différente de son frère.
Chez lui, j’ai observé une motricité étonnamment fluide et assurée. Très tôt, il a rampé dans l’herbe, s’est hissé sur des rochers ou des souches, a trouvé son équilibre en terrain irrégulier. Il a appris à tomber, à se relever, à évaluer les distances et à développer une confiance en lui remarquable.
Mais ce n’est pas seulement son corps qui a été marqué par cette immersion quotidienne : son esprit aussi s’est épanoui autrement. Sa curiosité est vive, son imagination sans limite, et il semble naturellement connecté à ce qui l’entoure. Un bâton devient la locomotive d'un train, une flaque d’eau une aventure, un oiseau un sujet de contemplation.
Octave n’a pas eu à “retrouver” un équilibre comme son frère. Il s’est construit dès le départ avec la nature comme terrain d’éveil et de croissance. Et la différence est frappante : là où Marceau avait besoin de se décharger de ses tensions, Octave semble au contraire s’enraciner paisiblement, comme si le contact quotidien avec le dehors avait modelé sa manière d’être.
Les bienfaits que j’ai observés
En deux ans, j’ai pu constater à quel point la nature agit comme un véritable catalyseur pour le développement des enfants. Les bénéfices sont multiples et visibles, même au quotidien.
Sur le plan émotionnel, d’abord, la nature a une puissance incroyable. C’est comme si elle absorbait les tensions et les colères, pour les remplacer par un calme intérieur. Mes enfants reviennent toujours plus sereins d’une sortie, même courte.
Ensuite, il y a les bienfaits physiques : depuis que nous sortons quotidiennement, ils tombent moins souvent malades, dorment mieux et ont une énergie plus équilibrée. Leur corps se renforce, leur motricité devient plus fine, et ils apprennent à gérer des terrains variés, ce qui est bien plus riche qu’un sol plat et lisse.
La créativité, elle aussi, s’envole dehors. Il n’y a pas besoin de jouets sophistiqués : chaque caillou peut devenir un trésor, chaque branche une épée, chaque arbre une cabane imaginaire. Cette liberté stimule leur imagination d’une manière que rien d’autre ne peut égaler.
Enfin, il y a un bienfait immense, peut-être le plus précieux : les liens que nous tissons ensemble. En sortant, nous partageons des instants vrais, sans distractions ni écrans. Nous nous émerveillons ensemble devant un coucher de soleil ou une fleur sauvage, et ces souvenirs deviennent des trésors familiaux.
Deux parcours, une même vérité
En observant mes deux fils, j’ai compris que le lien à la nature ne se vit pas de la même manière selon le moment où il est introduit dans la vie d’un enfant. Pour Marceau, elle a été un chemin de transformation, une façon de retrouver un équilibre et de s’apaiser. Pour Octave, elle a été une base de construction, une évidence qui l’a accompagné dès ses premiers jours et qui a façonné sa manière d’explorer le monde.
Deux parcours très différents, mais une même vérité s’impose à moi : la nature est essentielle pour les enfants. Elle répond à des besoins profonds, qu’il s’agisse de leur santé, de leur équilibre émotionnel, de leur créativité ou de leur joie de vivre. Elle ne demande rien en retour et offre pourtant tellement.
Deux ans plus tard…
Aujourd’hui, deux ans ont passé depuis que j’ai pris cette décision toute simple après la lecture de ce livre. Et je ne l’ai jamais regrettée. Bien sûr, certains jours sont plus difficiles : la pluie battante, la fatigue, l’envie qui manque. Mais à chaque fois que nous sortons, même pour un court moment, je vois les bienfaits immédiats sur mes enfants et sur moi.
La nature n’est pas un luxe ou une activité secondaire. Elle est un besoin vital, une nourriture invisible mais indispensable. Elle aide nos enfants à grandir plus sereinement, plus librement, plus pleinement. Et je crois qu’elle nous aide, nous parents, tout autant qu’eux.
Voilà pourquoi, depuis ce jour-là, j’emmène mes enfants dehors presque chaque jour. Parce que dans la nature, ils trouvent bien plus qu’un terrain de jeu : ils trouvent un terrain de vie.




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