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« La nuit, c'est pour B**SER » : ce que dit une pancarte de lycéenne sur notre société

Photo du rédacteur: Auréline Bertail
Auréline Bertail
1 oct.
6 min de lecture

Un regard chrétien sur la sexualisation des adolescents


Je suis tombée par hasard sur cette image. Une jeune fille, un sourire fière qu'on devine, une pancarte brandie lors d'une manifestation de lycéens, avec un slogan à connotation sexuelle. Je ne m'attendais pas à ce que ça me touche autant. Ma première réaction n'a pas été la colère ni le jugement. J'ai ressenti une profonde tristesse pour elle.


Cette image m'a aussi ramenée à ma propre adolescence. À son âge, je me suis moi-même sexualisée à outrance. Je voulais être « cool », être acceptée, ne pas passer pour celle qui n'avait rien vécu. Alors j'ai donné mon corps à n'importe qui, et je l'ai abîmé. À l'époque, tout me disait que c'était normal, que c'était ça, grandir et être libre. Il m'a fallu beaucoup de temps, et un long chemin, pour comprendre le contraire: que ce n'était pas normal de se sexualiser ainsi, que mon corps et ma personne valaient infiniment plus que cela, et qu'on ne devrait jamais avoir à donner son corps pour exister aux yeux des autres, et encore moins à quinze ans.


Quand je regarde cette jeune fille, je ne vois donc pas quelqu'un à condamner. Je vois ce que j'étais : une adolescente qui cherchait à être aimée et qui avait appris à chercher cet amour au mauvais endroit. Elle ne mesure sans doute pas ce que cela dit d'elle, ni ce que cela pourrait lui coûter. Je le sais, parce que je l'ai vécu.


Je tien à préciser d'emblée que cet article ne vise pas cette jeune fille. Il parle de nous, des adultes, de la société que nous avons construite autour d'elle, et de ce que nous pouvons faire pour que les adolescents grandissent autrement.



Ne pas désigner la mauvaise cible


La faute ne revient pas à cette adolescente. À cet âge, on imite, on cherche à appartenir, on teste les limites : c'est le propre de l'adolescence. Un adolescent est un être en construction, qui absorbe les codes de son environnement. Si une génération trouve naturel de banaliser le sexe, c'est qu'on le lui a appris, par la publicité, les séries, les réseaux sociaux, la pornographie à portée de smartphone.


Le Christ est d'une extrême sévérité envers ceux qui égarent les plus jeunes : « Celui qui scandalisera un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui attache au cou une meule et qu'on le jette à la mer » (Mt 18, 6). Le reproche vise les adultes et les structures, jamais l'enfant.



Une société qui érige la sexualité en norme précoce


Plusieurs mécanismes se conjuguent :

  • Une culture de l'image qui valorise très tôt l'apparence, la séduction, la performance du corps. Les adolescentes en sont les premières cibles.

  • La pornographie banalisée, qui façonne l'imaginaire sexuel avant même qu'un jeune ait vécu une relation, et lui enseigne que l'autre est un objet de consommation.

  • Un discours de « liberté » qui présente toute retenue comme de la répression. Celui ou celle qui dit « attends » passe pour un ringard ou dans mon cas pour "une grenouille de bénitier"

  • Le démantèlement de la pudeur, longtemps comprise comme la protection de ce qui est précieux, aujourd'hui perçue comme une honte.


Je vais plus loin, et je sais que le mot est fort : à mon sens, cette sexualisation des adolescents est une forme de pédocriminalité diffuse. Lorsque des adultes, des industries et des plateformes érotisent des mineurs, les exposent à des images pornographiques, ou leur apprennent que leur corps est d'abord un objet de désir et de consommation, ils préparent le terrain. Ils banalisent ce qui, dans n'importe quel autre contexte, nous glacerait le sang, et ils rendent les prédateurs plus à l'aise. Et bien oui après tout c'est normal qu'un adolescent ait des relations sexuelles, ils est libre de décidé pour lui alors pourquoi pas avec des adultes ?


Je ne dis pas que ces adolescents sont coupables, bien au contraire : ils en sont les premières victimes. Je ne dis pas non plus que chaque adulte qui participe sans y penser à cette culture est un criminel. Mais je refuse que nous nous habituions à voir des jeunes de quinze ans traités et poussés à se traiter comme des objets sexuels, et que nous appelions cela de la liberté.


Le paradoxe est cruel : on prétend libérer les adolescents, alors qu'on les enferme dans une injonction. Il faudrait désormais être sexuellement actif, ou en donner l'air, pour être « cool ».



Le regard chrétien : la sexualité comme don, non comme trophée


Pour le christianisme, le corps n'est ni un tabou ni un jouet. « Dieu créa l'homme à son image, homme et femme il les créa » (Gn 1, 27). Le corps dit quelque chose de la personne tout entière. Saint Paul le rappelle : « Votre corps est un temple de l'Esprit Saint » (1 Co 6, 19).


Dans cette vision, la sexualité est bonne, très bonne même, mais elle est faite pour s'inscrire dans un engagement, un don réciproque et durable. La réduire à un divertissement ou à une preuve d'émancipation, c'est l'appauvrir. Le Cantique des cantiques le dit avec poésie : « N'éveillez pas, ne réveillez pas l'amour avant l'heure » (Ct 2, 7).


L'Église n'a pas à rougir de ce message. Elle ne dit pas « ton corps est sale », elle dit « tu vaux infiniment plus que ce qu'on te demande de montrer ou de donner ».



Que faire concrètement ?


Je serais bien prétentieuse de vous dire que j'ai l'astuce ultime pour préserver nos enfants des dérives de cette société et de ce qu'elle veut leur présenter comme normal, d'autant que mon aîné n'a pour le moment que 5 ans. Je n'ai pas encore traversé l'adolescence en tant que mère, et je sais que ce sera un autre défi.


Mais cela ne m'empêche pas d'être inquiète. Pour mes enfants, bien sûr, mais aussi pour tous les enfants de France. C'est cette inquiétude qui me pousse aujourd'hui à écrire, et à chercher des pistes face à cette propagande pro « liberté » sexuelle.


Ce que je crois pour l'instant, c'est qu'il faut commencer par l'écoute. « Que chacun soit prompt à écouter, lent à parler, lent à la colère » (Jc 1, 19). Un adolescent qui se sent jugé se tait, et va chercher des réponses auprès de ceux qui ne le jugent pas, rarement les meilleurs conseillers. Je veux que mes enfants sachent qu'ils pourront tout me dire, y compris ce dont ils auront honte, sans que mon amour change. Je crois aussi que la bienveillance n'est pas l'absence de limites : on peut poser un cadre avec tendresse, et expliquer le « pourquoi » plutôt que de se contenter d'interdire.


Et à ces jeunes, j'aimerais dire ceci, avec toute ma tendresse :

Votre corps est infiniment précieux. Le sexe aussi : c'est quelque chose de merveilleux, et c'est justement pour cela qu'il mérite d'être vécu avec quelqu'un qui saura en prendre soin, et vous avec. Vous n'avez rien à prouver pour être aimés, ni pour être « cool ». La vraie liberté, c'est de pouvoir choisir, sans pression, à votre rythme, et de savoir que vous valez bien plus que ce que le regard des autres voudrait vous faire croire. Si vous avez déjà connu des expériences que vous regrettez, comme cela a été mon cas, vous n'êtes ni perdus ni salis. Votre valeur n'a pas changé d'un millimètre. On peut se relever, avancer, et il y a des adultes prêts à vous écouter sans vous juger. Parlez-en à quelqu'un de confiance : un parent, un éducateur, un prêtre, un professionnel. Vous n'avez pas à porter cela seuls.

Conclusion


Une pancarte ne fait pas une société, mais elle en est le symptôme. Si des adolescents trouvent normal de proclamer ce qui relevait autrefois de l'intime, ce n'est pas qu'ils soient pervers : c'est qu'on ne leur a pas montré autre chose. Notre responsabilité n'est pas de les montrer du doigt, mais de leur offrir, par la parole et plus encore par la présence, une vision du corps et de l'amour à la hauteur de leur dignité.


À cette jeune fille que je ne connais pas, et à toutes celles qui lui ressemblent, je voudrais dire simplement : tu vaux bien plus que ce que le monde te pousse à croire. Je l'ai compris trop tard, mais je l'ai compris. Et il existe des adultes prêts à t'écouter sans te juger.


 
 
 

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"Là où est ton trésor,

là aussi sera ton coeur"

Matthieu 6 : 21

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